La forêt de Cheverny prépare son avenir

Deux siècles après Paul de Vibraye, Charles Antoine de Vibraye surveille le domaine et ses 2 200 hectares de forêt comme la prunelle de ses yeux. Il rappelle ne pas en être « propriétaire », mais seulement dépositaire. Il ne ménage pas ses efforts en étant chaque jour à l’écoute de l’évolution de la forêt.
La stratégie s’inscrit dans un temps long. La forêt, comme plus généralement les espaces naturels, demande beaucoup d’attention et des interventions pertinentes au quotidien. Il faut l’écouter respirer, résister aux agressions et renaître...
Charles Antoine de Vibraye observe tous les jours les mêmes feuillus, les mêmes résineux. Il les voit grandir et en est rassuré : la forêt de Cheverny ne l’inquiète pas, elle lui dit que « tout va bien ». Le chef d’entreprise laisse souvent sa place à « l’homme des bois » en se souvenant de sa jeunesse passée dans les forêts du Morvan. Il est très préoccupé par le changement climatique. Son questionnement va vers la responsabilité humaine. Si c’est l’homme qui est responsable, à quel niveau l’est-il ? Il faudra épouser toutes les situations et y remédier quitte à sacrifier de la croissance. Si c’est la nature qui est directement responsable, on doit aussi s’adapter... 

La forêt de Cheverny prépare son avenir

La réglementation
Les interventions sur la forêt sont très réglementées en étant largement encadrées par différents organismes de gestion et de surveillance :
- le Centre national de la propriété forestière (CNPF) est un établissement public en charge du développement de la gestion durable des forêts privées. La France compte 3,5 millions de propriétaires forestiers qui se partagent 12,6 millions d’hectares ;
- le Plan simple de gestion (PSG). C’est le document qui permet d’organiser les coupes et les travaux des parcelles forestières. C’est un guide instruit par un technicien du CNPF. Quand un propriétaire forestier envisage de procéder à une coupe, il est soumis à plusieurs contraintes selon que la coupe est rase ou non. À Cheverny, ce travail est sous-traité à la coopérative Unisylva. On ne décide pas d’une coupe en fonction du prix du bois : la vente est accessoire à la coupe. On peut vendre sur pied ou mettre en vente après abattage, façonnage et débardage en bordure de chemin.
Après la guerre de 1939-1945, c’est le Fond forestier national (FFN), qui a permis à la France de se reboiser. 

À l’époque de Paul de Vibraye, le parc autour du château de Cheverny (70 ha et 100 ha avec le château), était peu boisé. On y cultivait surtout de la vigne et les pâturages entouraient plusieurs fermes. Philippe de Vibraye fit planter des pins sylvestres sur ces emplacements. De l’avis de Charles Antoine de Vibraye, la terre sur ces étendues est trop riche pour des pins sylvestres..., mais idéale pour l’allée de cèdres qui reste aujourd’hui la plus longue allée de cèdres du Liban de France. 

Le 19 juin 2022
C’est une date qui reste ancrée dans la mémoire de Charles Antoine de Vibraye. En cette soirée d’élections législatives, il sort de la mairie de Cheverny. Le ciel a d’étranges couleurs, entre jaune et noir. S’ensuit un déluge de grêle qui s’abat sur Cheverny et ses alentours. Le lendemain, il parcourt le domaine pour constater les dégâts. La grêle a beaucoup défolié les feuillus, mais les 30 ha de pins sylvestres après le lieudit Archanger semblent avoir résisté. Apparence trompeuse : à peine cinq semaines plus tard, tous ces arbres ont subitement dépéri. C’est un champignon, le sphaeropsis sapinea (voir page suivante) qui a eu raison des 30 ha de pins sylvestres. Cette moisissure se développe suite à une canicule, une sécheresse ou lorsque l’arbre est lacéré et meurtri par la grêle...

La forêt de Cheverny prépare son avenir
Dans des situations équivalentes, les propriétaires forestiers sont accompagnés pour reconstruire le peuplement de la forêt. Dans le cas des pins d’Archanger, les pins sylvestres ont été coupés à ras et des pins maritimes ont été plantés en remplacement sur un peu plus d’une trentaine d’hectares, ce qui constitue une dérogation, en raison du cas reconnu de force majeure, par rapport à la limite de 10 ha autorisée habituellement. 

Un autre phénomène marquant a été constaté à l’extrémité du domaine
Sur le côté gauche de la route en direction de Contres, plusieurs rangées de pins avaient rougi lors des petites canicules de 2024 et 2025. Puis ces pins ont reverdi très vite. Le pin laricio, originaire de Corse et de Calabre est une variété qui supporte très bien la chaleur. Conclusion des sages observations de Charles Antoine de Vibraye : « Il faut laisser des plages de respiration pour que la biodiversité puisse s’épanouir ; laisser pousser les ronces et les "mauvaises herbes". Ce qui n’empêche pas de grillager des parcelles de 30 ha pour éviter le broutage des "grandes pattes". Une parcelle ainsi protégée gagne 10 ans de pousse ».

P. D.

La Grenouille n°71 - avril 2026

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