La vie des champignons

L’automne sans champignons est comme un arbre sans feuilles au printemps. Il y a des phénomènes intimement liés. Il en est de même pour l’arbre et le champignon souvent complices. 
La partie invisible du champignon se trouve dans le sol sous forme de longs filaments blanchâtres : le mycélium qui s’associe parfois aux racines de l’arbre. Le champignon fournit de l’azote à l’arbre et en échange celui-ci donne aux champignons des sucres produits grâce à la photosynthèse (cf Grenouille n°6, ici). Sans cette association, l’un et l’autre ne pourraient pas vivre, c’est une symbiose. 
La plus connue est l’association du chêne et de la truffe. Mais il y a aussi des champignons parasites qui pénètrent dans les tissus vivants d’un arbre, se nourrissent du contenu de ses cellules jusqu’à l’épuisement de l’hôte (les polypores : style langue de boeuf, l’armillaire : ennemis de l’amoureux des arbres). D’autres champignons trouveront, grâce au mycélium, leur nourriture dans la matière pourrissante du sol (feuilles, branches…) et participent à la dégradation de cette matière en humus (les rosés, mousserons, coprins…). 

Le mycélium d’un champignon peut rester plusieurs années à la même place. On connaît tous des « coins » à champignons. Certaines années, le fruit n’apparaît pas. Oui, le champignon est un fruit, mais le mycélium est toujours présent et vivant. Des conditions climatiques défavorables ou un milieu bousculé peuvent être la cause de l’absence de champignons. 

On n’épuise pas le mycélium si la cueillette est abondante mais il est toujours préférable d’être raisonnable, de profiter de la saison, de ne pas stocker et surtout de laisser les exemplaires âgés pour la pérennité de l’espèce. Un mois d’août chaud, des pluies douces en septembre et octobre et nous voilà partis panier en main et couteau en poche. 

Laurent Ravineau - La Grenouille n°21 - Octobre 2013